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LES AFFICHES DE NORMANDIE 11-07-2007
Du 21 juin au 29 juillet, l'Hôtel de Région accueille les oeuvres d’Argatti qui rendent hommage à la musique. Peu après l'exposition que le peintre, présenta au Kalif, cette manifestation jette un grand coup de projecteur sur une démarche originale.
Figuratif ou non, l'artiste puise toujours dans le réel pour mener à bien sa démarche. Quoi que l'on puisse en dire, c'est du monde sensible qu'il s'inspire pour échafauder son ouvrage. Sa main, dans cette tâche, ne fait que suivre l'impulsion d'une mélodie intérieure, exprimant dans un lexique qui lui est propre la vision qu'il a de son temps. Son langage n'est que le reflet diffracté de ses rencontres avec la vie.
Plasticien autant que peintre, Argatti est un homme façonné par la ville et les sons. II a toujours vécu au cœur de cet univers agité, fébrile, de cette entité explosive. Tout ce qu'il peint en porte la trace, l'empreinte effervescente et convulsive. D'où l'implacable nervosité, le rythme tendu de ses toiles et de ses monotypes. Un autre ingrédient entre en scène dans la genèse de son travail: la musique. Avec une préférence pour une certaine forme . de jazz et des compositeurs actuels comme John Adams, Steve Reich ou Betsy Jolas.
Chez Argatti, tout paraît obéir à la scansion hégémonique des grandes cités, avec leurs lignes de fuite qui sans cesse s'entrecroisent et s'affrontent dans l'espace, leurs perspectives vertigineuses et fascinantes, leur architecture conquérante. Autant de partitions que l’œil chaque jour réinvestit d'un pouvoir mystérieux. Harmonieuse ou aléatoire, l'expansion incessante. des mégapoles contemporaines agit comme un alcool sur la stimulation des sens. Jamais captive en son essence, la musique de même met sans cesse l'esprit en mouvement, le propulsant vers un ailleurs en perpétuelle métamorphose, en constante re formulation. L'alchimie singulière des sons trouve un écho particulier dans les stridences exacerbées du verre et de l'acier qu'une débauche électrique ravive quand la nuit tombe, envoyant mille signaux au cortex du peintre. Mais il arrive que l'inquiétude et l'interrogation prennent le pas sur la sensation, troublant l'image informulée de l'avenir. L'artiste est alors en alerte, traduisant par des touches plus graves et des accords plus sombres l'angoisse passagère qui l'étreint.
Jamais pourtant, il ne paraît renoncer à l'optimisme qui l'habite et à la foi qu'il a en l'homme. L'énergie qui le pousse en avant triomphe de tous les avatars. Les couleurs fréquemment acides que sa palette vole à la nuit deviennent alors comme les prémices de l'aurore qui déjà point à l'horizon.